Colloque 28 & 29/03

La Cie de danse Hallet Eghayan dans le cadre du PASS et l’ENS de Lyon organisent un Colloque le 28 et 29 mars 2013 : « Danse et Science, entre formes et chaos »

De la question du hasard dans l’organisation du réel

Selon son intérêt, une agate rubanée, cette pierre dure aux motifs réguliers peut être appréhendée comme un ornement voire une curiosité esthétique ou un modèle d’organisation du réel qui questionne le scientifique. Ce dernier verra dans cette pierre l’expression géologique de ces phénomènes d’auto-organisation temporelle ou spatiale dont il s’agit de trouver les lois. Et ces deux lectures, l’une poétique et l’autre scientifique, participent l’une et l’autre à définir l’agate. L’enjeu de ce colloque est de même nature. En partant cependant non d’un objet, mais d’une pratique artistique : la danse.

A travers diffusions, transformations et aléas, termes qui définissent par exemple les lignes de Liesegang, le réel connaît certaine façon de s’organiser qui interroge le chorégraphe plus que d’autre. Le compositeur de danse est parmi les artistes celui dont la matière est le temps et l’espace -le Ma des Japonais- et la façon d’y organiser le mouvement ne peut faire l’économie de la question du hasard.
Pour des raisons de relations à la représentation –c’est la posture d’un Cunningham- ou d’une conception de l’œuvre même –comme chez Anna Halprin pour rester dans le domaine américain-, la question de l’organisation des danses ne peut éviter celle de l’improvisation –bornons-nous pour le moment à ce terme-, reproduisant comme par un usage renouvelé, les interrogations des scientifiques sur phénomènes d’auto-organisation. Spontanée, instantanée, vivante : l’adjectif qualifiant cette composition peut varier, la question demeure de cette mise en forme née du jaillissement de l’improvisation.
En confrontant les approches scientifiques et artistiques, ce colloque veut contribuer à une vision différente de la notion d’organisation du réel en utilisant la danse comme référent et le danseur comme témoin. Car ce dernier, de par sa place particulière et bien sûr privilégiée dans le processus, intervient dans l’expérience et donc sur le résultat de l’expérience.
De Robert Swinston (Ex-Choréography Director of the Merce Cunningham Dance Company ; directeur du CNDC d’Angers) qui expliquera à travers l’exemple du chorégraphe américain comment le hasard peut intégrer la composition à Etienne Ghys (mathématicien, directeur de recherche CNRS) qui développera son approche mathématique du chaos, en passant par Eliane Myrsabekian (directrice du département notation au CNSMD de Paris) qui confrontera la notation chorégraphique aux pratiques de l’improvisation, c’est un croisement de regards chorégraphiques et scientifiques qui poserons la question du hasard comme matériau et comme organisation.

Philippe Verrièle, critique et historien d’art